TEXTES

L’ar(t)abe contemporain
[Entretiens avec cinq artistes]
« Nul aujourd’hui n’est seulement ceci ou cela, Indien, femme, Musulman, Américain, ces étiquettes ne sont que des points de départ» 
Edward W. Saïd, Culture et impérialisme [Culture and Imperialism, 1993], traduction Paul Chemla, Éditions Fayard / Le Monde diplomatique 2000, p. 464.

 

(Extrait du mémoire de DNSEP)

L’art contemporain arabe, l’art contemporain dans le monde arabe, les artistes arabes,… Ces appellations ne cessent de revenir depuis les révolutions dans la presse, les biennales, les expositions,…

L’art contemporain dit arabe devait-il attendre une révolution pour qu’il soit mis en lumière? pour qu’il soit présent sur la scène internationale? Nous intéressons nous à ces artistes parce qu’ils sont artistes ou parce qu’ils sont arabes? Se cache t-il une signification particulière sous cette étiquette “d’arabe”?

S’il s’agit d’un succès d’une scène artistique, la dénomination “arabe” découle néanmoins un processus de catégorisation et pour les oeuvres et pour les artistes. L’interrogation de ce processus mène à poser différentes questions :

La classification se fonde t-elle sur des distinctions artistiques et esthétiques particulières d’ordre culturel ou religieux décelables au sein de cette création ou sur l’identité de l’artiste? La réponse se trouve t-elle dans les oeuvres, dans le discours qui les légitime, ou dans l’identité de l’artiste? Ce qui nous amène à nous interroger sur les spécificités des oeuvres regroupées sous cette bannière unificatrice.

En effet, le terme arabe est avant tout une dénomination fluctuante. Dans cette recherche, nous l’utiliserons pour une désignation géographique qui correspond au vingt-deux pays de la ligue des États arabes, comprenant toutes les communes et religions minoritaires qui puissent exister dans cette organisation régionale.

Mon propos ne sera pas de proposer une histoire de l’art contemporain dit arabe ou de prouver qu’il existe des artistes arabes mais de comprendre comment “l’Occident” et “l’Orient” participent à sa définition.

Dans la première partie, nous nous concentrerons sur l’approche historique. Nous verrons comment ce processus de catégorisation est né dans l’art contemporain, et son apparition en ce qui concerne l’art contemporain dit arabe.

Par la suite, nous analyserons quelques pièces d’artistes femmes “arabes” en se basant sur leurs paroles.

J’ai choisi de m’entretenir avec des artistes femmes issue d’une culture arabe d’une génération allant de trente à cinquante ans, dont le travail plastique m’intéresse, et qui tourne autour de la question de l’identité qu’elle soit individuelle ou collective, actrices dans le champ de l’art contemporain, et qui parfois avaient participé à des événements catégorisés “arabe”.

Nous précisons qu’il ne s’agit en aucun cas d’une enquête représentative ni exhaustive, mais d’en savoir plus directement sur des singularités et avoir une véritable visibilité sur la scène artistique.

Cette démarche relève plutôt de la curiosité de recueillir des positions et réflexions qui me permettront de savoir comment je me définis, en fonction de quoi et par rapport à quoi, confirmer ou au contraire infirmer un ouï-dire, une rumeur, une hypothèse, une chronologie, et me faire découvrir des relations inédites, inattendues, entre des personnes.

En les interrogeant d’abord sur leur statut de femme, de femme artiste et de femme artiste issue d’une culture “arabe” pour arriver à une position d’un individu, ensuite trouver un lien ou pas entre son identité et sa pratique, en général, la parole de l’artiste.

Interviewer une artiste par des questions relatives à l’identité, la renvoie à son histoire personnelle, un vécu particulier. Cet autrui (moi) qui interroge, s’intéresse à cette artiste là parce qu’elle vient de quelque part et qu’elle se situe quelque part.

Les travaux d’autres artistes pas cités ici ont également comptés pour moi, leurs paroles n’apparaissent pas dans cette recherche en raison d’un refus d’échange de leur part, par manque d’intérêt ou d’adhésion à cette question là, ou par manque de disponibilité, néanmoins, leurs oeuvres ont parallèlement nourri ma réflexion.