TEXTES

RANDA MAROUFI

La figure et le lieu
Depuis ses débuts, Randa Maroufi sculpte par l’image, une galerie de personnages et de lieux. En 2013, elle commence par se mettre en scène dans une suite de performances – Tentatives de séduction. Dans des rues, elle déambule, ceinturée de petites enceintes crachant des paroles d’insultes masculines, dites par une voix féminine. Avec les séries photographiques Reconstitutions (2013) et Les Intruses (2018), les rapports conflictuels entre les hommes et les femmes constituent les fondamentaux d’une démarche en devenir. Performance, photographie et vidéo, cet ensemble de médiums permet à l’artiste, passée par Le Fresnoy, d’être au cœur des enjeux actuels, propres aux relations entre cinéma et art contemporain. Le travail sur le genre se poursuit en 2014 avec La Grande Safae. Ce film sur l’ambiguïté des sexes déjoue les archétypes ancestraux. L’artiste y agit comme un peintre et façonne la lumière, le cadrage, le mouvement des personnages et comme scénariste, elle insiste sur l’aspect politique du personnage car Safae est une transsexuelle.

Entre fiction et documentaire, Randa Maroufi travaille aussi comme une glaneuse d’images sur le web. Avec ses collectes, elle cultive la curiosité, l’observation de ses semblables, dans leurs dimensions les plus étranges et leurs préoccupations quotidiennes et numériques. Cela se traduit dans le film Le ParK (2015), tourné à Casablanca avec des jeunes et traitant de l’influence des images en circulation sur les réseaux sociaux. Et s’accentue dans Stand-by Office (2017), réalisé à Amsterdam. Dans un hôtel de ville, des migrants venus de différents pays d’Afrique, représentés en cols blancs, s’affèrent autour d’une immense maquette. L’atmosphère générale du film privilégie le calme, la quiétude. Un judicieux travail sur les raccords entre les séquences suspend le temps et met mal à l’aise le regardeur.

Ces allers-retours entre art et cinéma contemporains amènent l’artiste à développer un projet de nouveau court métrage dans un espace-temps particulier : Bab Sebta. La frontière entre l’Espagne et le Maroc, où des histoires de contrebande sont légions, se révèle un excellent terrain de jeu pour mettre en scène des femmes aux tenues évoquant des drapés de marbre en mouvement permettant quelques trafics. Une chorégraphie s’organise dans une durée spatialisée pendulaire. L’attente, la préparation et la libération composeront les trois parties du film à venir. À suivre…

Les mots de la fin à Randa : « Je dois le faire, c’est tout ! » Ils résument bien son obstination à transformer ses intuitions en acte de création.

 

Christophe Le Gac
Architecte DPLG, curateur C-E-A, critique AICA (larchitecturedaujourdhui.fr, Tracés.ch, dust-distiller.com), enseignant à l’esba talm Angers et chargé de cours à l’Université d’Angers.